de Christophe Pellet
Une pièce jeune public à partir de 8 ans
L’Arche est éditeur et agent théâtral du texte représenté
ÉQUIPE ARTISTIQUE
mise en scène Matthieu Roy
dramaturgie Mariette Navarro
scénographie Gaspard Pinta
costumes Marine Roussel
création lumières Manuel Desfeux assisté de Thomas Cottereau
régie lumière et vidéo Thomas Cottereau ou Gabriel Galenne
création de l’espace sonore Mathilde Billaud
régie son Baptiste Poulain
création vidéo Marc Wetterwald
construction du décor François Bancilhon
régie générale François Bancilhon ou Gabriel Galenne
photographies Alain Fonteray
administration et production Jean-Baptiste Pasquier – Bureau formART
DISTRIBUTION
livia Claire Aveline
dimitri Romain Chailloux
flora Carole Dalloul
Avec la participation d’Evelyne Didi et de Michel Quidu
PRODUCTION
La Cie du VEILLEUR est soutenue par le Ministère de la Culture et de la Communication dans le cadre d’un compagnonnage avec Christophe Pellet.
Coproduction Le Théâtre d’Angoulême, Scène Nationale / Le Gallia Théâtre de Saintes, Scène Conventionnée / Association S’il vous plaît – Théâtre de Thouars, Scène Conventionnée / Le Manège Mons / CECN
Coréalisation L’Echangeur-Cie Public Chéri, Bagnolet
Avec la participation artistique du Jeune Théâtre National (JTN) et le soutien de La Canopée de Ruffec
TOURNÉES
saison 2010/2011
» La Canopée de Ruffec, le 11 mars (avant-première)
» Le Théâtre d’Angoulême, Festival La Tête dans les nuages, les 15, 16 et 17 mars
» Le Gallia, Théâtre de Saintes, Scène Conventionnée, les 31 mars et 1er avril
» Le Théâtre de Thouars, Scène Conventionnée, le 5 avril
» L’Échangeur de Bagnolet / Cie Public Chéri, du 28 avril au 6 mai
» Le CDDB de Lorient, du 17 au 19 mai
» La Comédie de Reims, du 24 au 28 mai
saison 2011/2012
» Le TAP, Scène Nationale de Poitiers, du 1er au 3 décembre
» Le Théâtre des Treize Vents, CDN Languedoc-Roussillon, du 6 au 8 décembre
» L’Onde, théâtre et centre d’art de Vélizy-Villacoublay, du 6 au 8 mars
» Le Théâtre de Chartres, le 22 mars
» La scène nationale d’Alençon, le 4 mai
LE PROJET D’ÉCRITURE
Ce texte s’inspire d’un fait divers, ou d’un « phénomène de société » tristement banal en ce début de siècle : en Roumanie, comme dans beaucoup d’autres pays de la planète, des enfants sont livrés à eux-mêmes, ou au mieux à la garde de voisins ou de proches, quand leurs parents sont partis travailler à l’étranger. Comment vivent ces enfants sans autorité parentale ? Comment se développe leur imaginaire… ?
Pour écrire ce texte dans de bonnes conditions, j’avais besoin d’un soutien direct : celui d’un metteur en scène, ayant un vrai rapport au plateau. Je connais depuis quelques années le travail de Matthieu Roy, et j’apprécie ses mises en scènes, mêlant souvent différents supports. Pour ce texte en cours d’écriture, j’aimerais insister sur l’aspect visuel (notamment pour une séquence de rêve de l’un des enfants).
« Le compagnonnage » avec la compagnie de Matthieu Roy, me permettra d’interroger le plateau, et les possibilités offertes pour cette écriture jeune public nouvelle pour moi. Je tenais, pour affronter cette terre inconnue, à ce partage d’expérience : celui de l’écriture et du plateau.
Christophe Pellet
LE PROJET DE MISE EN SCÈNE
dimitri :
Je vais traverser la forêt, j’irai à pied et je n’aurais pas peur des loups, parce que je serais un loup moi aussi, je ne serais pas un renard, les renards sautent sur les mines parce qu’ils s’approchent trop des humains. Les loups restent entre eux, cachés dans la forêt, je traverserai la forêt et j’irai de l’autre côté.
Dans un pays d’Europe de l’Est ravagé par une guerre qui s’achève à peine, Dimitri, un garçon de huit ans grandit tout seul. Mira, sa mère est partie travailler en France pour gagner de l’argent tandis que Sandor, son père, continue à faire la guerre dans un pays voisin. En l’absence de ses parents, Livia, une voisine qui travaille de nuit à l’usine, s’occupe de lui faire à manger et de prendre soin de lui.
Souvent, dans ses rêves, Dimitri croit traverser la forêt, accompagné de Skate, sa planche à roulettes, pour retrouver les êtres qui lui sont chers et qui lui manquent. A l’école, il reste avec Flora, sa copine qui noircit avec ses dessins d’animaux sauvages les pages blanches de ses cahiers. Un jour, elle lui propose de le dessiner en Foxie, un renard qui lui ressemble mais Dimitri, lui, préfère les loups. Flora décide alors de dessiner directement sur son visage les traits d’un jeune loup. Les deux enfants se laissent prendre à leur propre jeu et Dimitri se transformera véritablement en un loup pour rejoindre la forêt et les siens.
Christophe Pellet qui a puisé son inspiration dans un phénomène de société, transcende notre réalité en faisant de Qui a peur du loup ? un conte moderne. Dans un univers hostile, les parents responsables brillent par leur absence. Remplacés par une voisine qui joue son rôle de nourrice protectrice, le petit garçon abandonné trouve refuge dans son monde imaginaire où Skate, sa planche à roulettes devient le compagnon de ses aventures. Soutenu dans son désir de transformation par sa copine Flora, il mue en un jeune loup, seul être capable de traverser la forêt. Cette initiation trouvera-t-elle une issue favorable ? Le jeune homme ne sera-t-il pas rattrapé par la réalité ?
Dans cette réalité, les parents seront devenus des ombres, présences évanescentes renforçant leur absence effective dans la vie du petit garçon. Seule la nourrice tisse encore un lien entre le monde des enfants et celui des adultes.
Nous susciterons à l’aide d’outils numériques les sources d’angoisse que représentent pour le petit garçon le souvenir traumatique de la guerre, la proximité de la forêt profonde et la fascination pour la plainte des loups. L’imaginaire de nos spectateurs sera vivement sollicité pour inviter petits et grands à prendre part au voyage de Dimitri, pour ressentir avec tous leurs sens, les étapes du processus qui permettent à chacun de se réaliser et de s’épanouir après l’épreuve.
Matthieu Roy
NOTE DRAMATURGIQUE
Qui a peur du loup ? est la première pièce jeune public de Christophe Pellet. Elle n’en est pas moins fortement en lien avec l’écriture de ses autres textes. Cette histoire d’enfant solitaire, qui tente d’échapper au manque dans ses jeux et dans ses rêves d’état sauvage, est traversée par la tendresse, puis la sensualité du rapport entre les deux enfants.
Elle apparaît comme une suite, une déclinaison de plus de l’univers que Christophe Pellet développe dans ses pièces : un univers souvent sombre, mais pourtant toujours d’une grande douceur, d’une grande délicatesse, fait d’attirances et de bouleversements. La « géographie des humeurs » qui a commencé à se dessiner dès les premières répétitions entre les trois personnages raconte cette dimension importante de l’écriture de Pellet : des relations humaines mouvantes, changeantes, pouvant basculer à n’importe quel moment dans le rire comme dans les larmes. Qui a peur du loup ? n’est jamais dénuée d’humour, et les personnages y suivent de vrais objectifs pleins de vivacité (traverser la forêt, changer le monde), mais les fantômes du théâtre pour adulte de Pellet ne sont jamais loin et observent ces enfants du coin de l’œil, avec tendresse.
Cette délicate ambivalence propre à l’auteur est mise au service des schémas du conte, et de la dimension initiatique de l’histoire de Flora et Dimitri.
Tout au long de la pièce, chaque personnage projette quelque chose sur la forêt qui entoure la maison et le village, et sur les loups qui petit à petit se rapprochent des maisons. La façon dont Livia regarde par la fenêtre avant de retourner travailler à l’usine, dont Dimitri se sent appelé par la forêt, dont Flora voudrait changer les petits garçons en animaux, puis dont elle attend, pendant plusieurs années, le retour de Dimitri, sont autant de rapports au monde, à un pays dont on ne peut s’échapper, avec lequel il faut composer, bordé de terres inconnues, aussi attirantes que menaçantes. On entend aussi comme la violence du loup se superpose dans les imaginaires à celles des hommes qui ont terminé une guerre pour aller en poursuivre une autre ailleurs, tandis que les femmes pourvoient au quotidien et que les petites filles, avec des dessins et beaucoup d’imagination, aimeraient rendre inoffensifs les garçons qui les entourent.
La force du texte de Christophe Pellet est de développer conjointement tous ces points de vue, et de toujours nous donner le choix entre plusieurs visions de la réalité. Le spectateur pourra donc choisir, selon son âge, sa propre expérience du monde et sa perception du spectacle, de suivre le point du vue de l’un ou l’autre personnage, notamment dans la scène où Flora assure que Dimitri s’est transformé en loup avant de s’enfuir et que Livia ne la croit pas. De la même façon, la mort du petit loup à la fin peut être lue à la fois comme réelle et métaphorique.
Le loup est un ennemi héréditaire pour le père, un ami ou un allié pour les enfants. Il est en tout cas l’élément par qui l’émancipation peut advenir, la vie reprendre son cours après la guerre, les enfants grandir, les deuils se faire. Les jeunes spectateurs auront sans doute chacun une réponse différente à nous apporter : faut-il vraiment avoir peur du loup ?
Mariette Navarro
VIDÉO
extrait vidéo
interview de Matthieu Roy
